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Binôme en Belledonne

-"Passage du premier concurent, le dossard 168 au poste montagne 1"

-"P#+@!n, mais c'est où le poste montagne 1 ???"

On est entre le Col de Freydanne et le Lac Blanc, dans les caillouxxxx de Belledonne et on a une meute de Pac-Man aux miches prêt à nous croquer. Reste à savoir dans combien de temps et combien ils seront. Tic-tac tic-tac tic-tac...

Précédement dans Binôme en Belledonne

Rendez-vous était pris avec Belledonne ce dernier WE d'août, alors quand le plan se déroule avec accroc je l'adapte et j'échange mon dossard contre un poste de bénévole. Le risque de déprim profonde était trop important: ça fait plusieurs de mois que je pense Belledonne chaque caillou croisé, je ne peu pas ne pas y être!

Les échanges avec l'orga sont maigres et finalement, début août on me propose un poste d'ouvreur. C'est une première et ça me fait un peu plus peur que serre fil (qui m'à suivi pendant la dernière partie du Trail du Pays de La Meije 2015). Est-ce que la souris aime se faire courser par 500 chats pendant plus de 10h...

moi: Quel tronçon?

eux: Ce que tu veux jusqu'au Pleynet!

Oh la vache! C'est la ligne de maboul!

Bon, je la fais courte sur cette phase de questionnements existentiels, d'attente de réponses et de stress. Décision prise l'avant veille (ou presque): ça serra de L'Arselle (R1) au Pleynet (R5) en binôme: 48km/3600 d+. La bonne blague, en applicant l'allure spécifique à Belledonne (20 min du kil) c'est plus balèze que ma dernière sortie en montagne, avec la caillasse en bonus et un mois après ma reprise. Bref, c'est du sérieux (ou pas).

Rendez vous pris avec Quadrophenia (ma binôme) jeudi 14h à Grenoble, pour poser une voiture au Pleynet et récupérer le paquetage à Vizille. Surprise! Une panne de relai radio nous transforme en livreur pour les refuges de La Pra et Jean Collet, on a eu chaud, un moment il était question de livrer en plus les 7 ou 8 postes montagnes du tronçon. Fastoche!

De retour à Grenoble, bouclage du sac (7.5kg sans tenue de pluie), platrée de pâtes et tentative de dodo pour les 4 prochaines heures... Même sans dossard et en étant confiant tous les 2, c'est clairement la sortie de l'année pour nous, pas facile de roupiller là dessus.

Dîner avec vue: Révision de l'itinéraire

Chaine de Belledonne sud vue de Grenoble

Binôme en Belledonne, le récit

Arselle (1640m), 2:18 : Balises GPS allumée, appel radio au PC pour confirmer notre départ avec seulement 18 min de retard, pas si mal après autant de sommeil... Bon, OK, j'oublie quand même ma radio sur le toit de la bagnole. #boulet

Il fait bon (16°C), la lune est amputée de moitié et bien que les lumières Grenoble soit juste en dessous, on a une belle tempête d'étoile sur la tête...

Avant la journée d'hier, Quadrophenia et moi n'avions échangé que quelques mails et malgrés des connaissances en commun (la magie Strava), on ne se connaissait pas. Donc, entre sa perf moins d'une semaine auparavent sur une fameuse course Grenobloise parcourant Belledonne et ma reprise récente après blessure, on part comme convenu: pépouze, limite rando.

Ça monte de suite et part quelques crapauds, on ne croisera de la vie qu'arrivée au Lac Achard, enfin de la vie qui roupille: le spot est un classique des bivouacs Grenoblois. Il est 3:00, on papotte dans les bois, l'air est frais, on est bien!

Col de la Botte (2175m), le balisage jusqu'ici n'était pas dans notre mission (un baliseur s'en chargera avec l'arrivée de l'équipe du ravito 1, vers 3h). Ça y est on va pouvoir commencer à s'alléger des 1.5 kg de fanions sur nos sacs. Enfin, on comprend tout de suite que pour ça faudra faire du zèle: le balisage est omniprésent, et le sentier évident. Seul soucis, les fanions ne sont pas rétro réfléchisant (aucun concurents ne passera de nuit) du coup, y'a beau en avoir, on galère pas mal pour les repérer.

Le Col de la Lessine est juste derière, à ses abords la vue est démante: Grenoble à gauche et à droite les lumières de Rochetaillé. On est frais et on papotte encore pour s'éviter de prendre un rythme trop rapide quand arrive la première réjouissance des traceurs: la montée au Lac David, c'est pas le plus direct pour le col de La Pra, mais c'est plus Belledonne spirit et dans le noir fendu de nos seules frontales, on pose enfin les mains: c'est bon ça! La traçage est pas mal, mais dans le noir, avec des fanions non-rétroréfléchissants, on commence nos premiers tricottages.

Refuge de La Pra (2115m), 6:00 : Les patous nous ont indiquer bruyament la proximité du refuge on fait le plein d'eau, grignottage, la bénévole sans doute avertie par les aboiement vient récupérer sa radio et ça repart. Le ciel s'éclaircit, c'est rapé pour le lever de soleil à la Croix.

Ayant pratiqué Belledonne seulement en hiver, j'étais impatient de me confronter à la réputation minérale du massif, ça y est: on attaque la bonne caillasse! Après le passage des Lacs Doménon plutôt roulane, voilà la seconde réjouissance des traceurs, le petit détour à la Croix de Belledonne, plus haut sommet accessible à pied du massif... Pour tous les 2 ça sera notre première, on part à l'assaut du sommet avec entrain. Depuis le temps que je rêvais d'y monter à ski, ma première se fait à pied, dingue!

Petit jour au Lac du Petit Doménon

Petit jour au Lac du Petit Domenon

Côté radio ça se réveille doucement, la course commence:

-"Ouvreur arrivé à Arselle!"

-"Ah, en fait y'avait un ouvreur entre Vizille et Arselle!"

Ouais, l'Échappée Belle est déjà une course mythique étouétou, mais niveau bénévoles, c'est visiblement pas pareil qu'au même moment à Mt Blanc City ou sur l'UT4M. Et niveau ouvreurs, c'est même franchement la dèche: on est un binôme et 2 solos pour tout le parcours. Tu vois le truc? Y'a un gars qui c'est fait l'ouverture en solo du Pleynet à Aiguebelle... Dingue! On espère pour lui qu'il ne faisait pas livreur de radio en plus...

Un balisage impec' sur la montée à la croix

Un panneau dans la caillasse

Croix de Belledonne (2926m), 8:00: la monté pique un peu et après un arrêt rapide photo/étonnement/stupéfaction face au Cimetière des Sans-Éthiques ça y est: on arrive, seuls au sommet. Bim! Je n'en rajoute pas: tempête de ciel bleu, fracture de la rétine, tout simplement. Franchement, faut y aller, c'est splendide... On grignotte un morceau, SMS à la famille et aux copains pour donner des nouvelles.

-"On a fait 14 km..." me dit elle en remettant son téléphone dans le sac.

-"La vache, on est pas arrivé!"

Les premiers rayons de soleil arrive sur le cimetière des Sans-Éthiques

Le cimetierre des sans ethique

Je n'avais pas prevu de chercher de caches sur le parcours, mais là elle est tout à découvert, du coup je logue machinalement, mais je suis tellement euphorique que je ne percute pas qu'il faut la re-dissimuler correctement :-( Avis au amateurs: y'a une maintenance à faire. Allez, on est pas venu acheter du terrain, c'est parti pour la descente vachement plus roulane que la montée.

La Croix de Belledonne? C'est roulane!

Sentier

Col de Freydanne

Col de Freydanne

Col de Freydanne (2645m): une arrivée relativement discrète nous permet de ne pas déranger la harde de bouquetins qui y repose. Bon, à la lecture des sorties C2C du WE, il semblerait que pas grand monde ne les ai dérangé en fait...

Les bouquetins du Col de Freydane

Harde de bouquetin

Clic-clac et c'est re-parti pour la grosse descente vers Jean Collet. Ça glisse, c'est long, j'ai du sable plein les chaussures et les cuisses commencent à chauffer!

-"Passage du premier concurent, le dossard 168 au PM-1", crache tout d'un coup la radio.

-"P#+@!n, mais c'est où le PM-1 ???"

Bon, Vincent du PC a été clair sur les consignes:

-"Vous faire rattrapper par la tête de course n'est pas un problème, l'année dernière l'ouvreur est parti de Vizille à 2:00 et c'est fait rattrappé au refuge des 7 Laux"

Mais bon, on est tous les deux débutants dans l'ouverture et on a du mal à comprendre le concept d'ouvrir un parcours derière la tête de course... même si il faut bien reconnaitre que le balisage est impeccable depuis notre départ. Donc, jusqu'à maintenant on était seuls dans la montagne, maintenant que la radio crépite, on à le stress-o-mètre qui monte!

-"R2 pour PC: le ravito de la Pra est en place!"

-"Aaaaaaaah! Ouf!"

Bon, ça va, le PM-1 est avant La Pra! C'est bon pour le moral! Enfin le notre, par ce qu'il commence à faire chaud et les coureurs vont pouvoir commencer à bronzer bien avant nous!

Le Grand Pic, le Pic Central et la Croix de Belledonne vue du Lac Blanc

Les 3 sommets de Belledonne vue du Lac Blanc

Refuge Jean-Collet en vue!

Le refuge JeanCollet au loin

Refuge Jean Collet (1920m), 10:00: Tiens y'à du monde! Jusqu'à présent on aura croisé quasiment personne, là l'équipe est en train de monter le ravito R3, je me délèste de la dernière radio, on mange un bout et on fait le plein de flotte : à partir de là fini la rigolade et la papotte, il n'y aura plus une goutte d'eau sur le tracé jusqu'au prochain ravito du Habert d'Aiguebelle. Les choses sérieuses vont commencer: ça fait près de 8h qu'on est parti et la suite s'annonce chaude. Crème solaire, lunette (chapeau pour le chauve), allez, go! On attaque la montée vers le col en silence et en essayant de pas trop forcer, il reste encore une bonne bambée et les heures chaudes commencent à peine.

Col de la Mine de Fer (2400m), on y croise le premier poste montagne en place, c'est de moins en moins intime cette montagne! Trève de plaisanterie, Quadrophenia commence à avoir un genou douloureux et moi, même si je ne resent pas de douleurs, je suis quand même bien entammé, c'est sur des oeufs que l'on se lance dans la cuvette en transition vers la brèche de Roche Fendue (2480m) le long d'un dédale de blocs mastok. J'y suis passé cet hiver, c'était une autre tisane!

Ça devient difficile de grignotter en chemin, donc nouvelle pause expresse à la brèche pour bouloter et on repart pour une longue descente en balcon vers le Habert. Il y a du p'tit cailloux, du gros rocher, et en bas un peu d'alpage-like agrémentés de quelques coup de cul. En temps normal on trouverait ça ludique et pour ne rien gâcher la vue est là encore époustouflante, encore un passage majeur!

Col de la Vache en vue

Cole de la Vache

C'est dans la fin de ce passage que ce qui devait arriver arriva: dossard 168, le 218 et le 110. Le Pas de la Coche n'est plus très loin et la tête de course vient de nous rattrapper. Dire que l'année dernière l'ouvreur partait de Vizille à la même heure et c'est fait rattrapper aux Sept Laux... On ne fait pas honneur au poste!

Même si ça ne change rien et que c'était prévu, ça nous met un coup au moral. On informe le PC par radio (qui doit le savoir via les balises GPS), pas de changement de consignes, si ce n'est de pas se mettre dans le rouge et de s'hydrater / se rafraichir un max. On note l'idée, mais ça fait près de 3 heures que l'on à pas vu la moindre goutte d'eau...

Jusqu'ici, en bon professionnels du bénévolat, aucun de nous n'avais encore parlé à l'autre d'un éventuel arrêt au Habert, mais comme le genou de Quadrophenia continue de la faire souffir, on s'accorde pour un gros stop au Habert avec une forte probabilité qu'elle ne continue pas. A ce moment, entre la concentration sur l'objectif et mon état un peu second, j'envisage de continuer seul jusqu'au Pleynet.

Pas de la coche (1990m), on taxe de la flotte aux bénévoles du poste (Pouah! De la St Yorre!), Quadrophenia glougloutait sur sa réserve depuis une bonne demie-heure et refusait (poliment) que l'on se partage mon reste d'eau avant ce poste montagne. On s'auto-satisfait de la réaction d'étonnement et de reconnaissance venant des bénévoles quand on leur annonce que l'on est les ouvreurs parti à 2h du mat' d'Arselle, piteusement rattrappé par la tête de course. C'est officiel: on a des sales tronches et on en a plein le c#l!!!

nous:"Le Habert est encore loin?"

eux: "Non, c'est à côté: une bonne demi-heure"

nous: "Quand on gambade dans la caillasse depuis plus de 10h, la notion d'à côté n'est pas vraiment comparable à une bonne demie-heure... Merci quand même ;-)"

Argh, le légendaire optimisme des bénévoles en poste. C'est rigolo (après surtout, sur le coup un peu moins) et je suis sur qu'ils sont persuadé de nous aider en agissant de la sorte (alors que pas vraiment).

Habert d'Aiguebelle (1760m) 14:00: les bénévoles sont au top, on nous accueil comme des prince & princesse, ça fait un bien fou! De mémoire il n'y avait rien à manger là bas (ou là haut?), mais la soupe froide maison est à ce moment la meilleure du monde! Je leur demande si un secouriste peu jetter un oeil au genou de Quadrophenia et son verdict minimaliste tombe:

-"Il faut vous reposer maintenant et les prochaines semaines aussi!"

On échange un regard (enfin c'est l'idée, hein, par ce que dans ses moments là c'est pas comme quand on est en forme). J'ai réussi à réfléchir un peu depuis le Pas de la Coche, si elle doit s'arrêter, je m'arrête aussi. La mission est une chose, mes rêves de frigos/congélateurs/autobus pétrifiés, la baignade au Sept-Laux, l'arrivée au Pleynet avec la foule en délire (et notre voiture, accessoirement), et toussa-toussa en sont des autres. Mais le binôme à ce moment me semble le plus important. On s'arrête donc ensemble.

-"Ouvreur pour PC, on stoppe au R4, on a un genou en vrac, on reste ensemble."

-"OK, bien reçu, merci à vous et à tout à l'heure"

Binôme en Belledonne, les bonus

Les connaisseur(se)s de la géographie Belledonnienne aurons sans doute tiqué sur le fait qu'avec une voiture au Pleynet et nos miches au Habert d'Aiguebelle on était pas encore sortie de l'auberge...

Plan A, intégrer la procédure rappatriement des coureurs stoppés:

Si certain(e)s envisagent de faire l'Échappée Belle, notez bien qu'abandonner en dehors des bases vie, ne mettra pas fin à votre galère, loin de là!

Plan B: il est presque 15:00, on est pas des coureurs et Super-Jean-Claude en charge du ravito (habillé d'un t-Shirt à l'effigie de Florent Hubert), nous confie les clefs du fourgon qui leur est affecté pour faire un A/R au Pleynet.

Comme ça.

Sans rien demander.

Par ce qu'il est confiant le Jean-Claude.

Si il y a un dieu des bénévoles, qu'il entende ma requète: Grâce soit rendue au centuple à Jean-Claude!

Parce que même si la manip à pris 3 heures en faisant rapidos c'était vachement mieux que le plan A!

Bilan!

Merci!

Bravo!

À tous les partant (finisher ou pas) de cette course exeptionnelle, vraiment! C'est difficile et même si c'est vraiment splendide, c'est difficile, vraiment.

Même que pour les échoués, c'est systématiquement la double peine!

La trace!